J’ai consacré une semaine entière, avec mon mari et nos deux enfants de 8 et 5 ans qui suivaient à distance depuis notre chambre d’hôtes de Tournus, à comparer cinq forfaits dégustation cuisinés autour du Tournugeois. L’idée : aller au-delà de la simple dégustation de vins et tester des formules qui associent un vigneron à un cuisinier, avec un menu construit autour de leurs accords. Voici le protocole, les mesures, le classement.
Le protocole de comparaison appliqué sur 7 jours
J’ai retenu cinq forfaits, chacun testé sur un soir différent entre lundi et vendredi : Domaine Bertrand-Machard à Brancion (forfait « Table du vigneron » 65 €), Auberge des Vignes à Préty (forfait « 4 plats / 4 vins » 78 €), Maison Bourg à Cruzille (forfait « Mâconnais blanc et fromages » 52 €), La Cave à Plagne à Plottes (forfait « Charolais 4 cuissons / 3 mâcons » 72 €), et Le Petit Cellier de Saint-Albain (forfait « Crémants et tartines » 38 €).
Pour chaque soirée, j’ai noté quatre dimensions sur une grille construite avant le test : qualité de la pédagogie sur les accords (1-10), justesse de l’accord en bouche (1-10), service et timing (1-10), et rapport qualité-prix par tête (1-10). Pas de note synthétique : je voulais voir si un forfait pouvait briller sur un axe et chuter sur un autre. Mon mari, qui n’a pas mon biais professionnel, m’accompagnait à chaque soirée pour valider mes appréciations.
Côté logistique : nuits à La Maison du Charolais à Tournus pour mon mari et moi, garde des enfants par leur grand-mère venue depuis Charolles pour la semaine. Coût total de la semaine, déplacements et chambres compris : 1 240 €, dont 305 € de forfaits dégustation. Une semaine de famille déguisée en repérage pro.
Les forfaits qui m’ont vraiment marquée
Le grand enseignement de la semaine : le prix ne fait pas la qualité. Le forfait à 38 € chez Le Petit Cellier de Saint-Albain m’a plus marquée que celui à 78 € à l’Auberge des Vignes. Chez Saint-Albain, le vigneron lui-même servait, expliquait chaque crémant, et tartinait à la minute des accompagnements simples — chèvre frais et noix, rillettes maison sur pain au levain. Trente-huit euros pour 75 minutes d’attention pleine et de produits parfaitement justes.
L’autre coup de cœur, à 65 €, c’est le forfait « Table du vigneron » de Domaine Bertrand-Machard à Brancion. Sébastien Machard cuisine lui-même quatre plats simples — œuf parfait aux truffes du Mâconnais, sandre du Doubs, agneau du Brionnais, époisses fermier — et accorde quatre de ses vins en blanc et rouge. Le décor est minimal, la salle accueille six personnes maximum. Tout repose sur la précision de l’accord, et c’était spectaculaire sur l’agneau accompagné d’un rouge de Brancion vieilli en barriques d’occasion.
À 72 €, le forfait Charolais à La Cave à Plagne arrive juste derrière. Quatre cuissons d’une même pièce — tartare, carpaccio, à la plancha, mijoté longuement — accordées à trois rouges du Mâconnais qui montaient en intensité. Format intelligent : on voyait la viande évoluer, et les vins suivaient. Petite réserve sur le service un peu rapide en deuxième plat, mais c’est un détail.
Les forfaits qui m’ont déçue malgré le prix
Le forfait à 78 € de l’Auberge des Vignes m’a clairement déçue. Quatre plats annoncés « de saison », j’ai retrouvé une terrine industrielle en entrée, un poisson cuit à plat sans aucun travail d’accord avec le vin, et un dessert hors-sujet par rapport à la séquence. Le service était en automatique, sans commentaire d’accord. À 78 €, je me serais attendue à au moins une interaction avec le vigneron, qui n’est jamais venu en salle.
Le forfait à 52 € de Maison Bourg à Cruzille était mitigé. Très bon sur les fromages — époisses fermier de Berthaut et chèvre des Voisines de Lugny remarquables — mais les blancs proposés étaient tous du même millésime 2022, sans variété de profils. On dégustait quatre vins finalement très proches. Mon mari a souligné qu’à ce tarif, il aurait préféré une seule bouteille de Mâcon-Lugny premier cru et un travail d’accord plus poussé.
Mon classement final, en équilibrant les quatre dimensions notées : Saint-Albain en tête avec 36/40, Brancion à 35, Plagne à 32, Cruzille à 26, Préty à 22. Le ratio prix par point obtenu, qui n’est pas dans ma grille initiale mais que mon mari m’a fait calculer : 1,06 € par point chez Saint-Albain, 1,86 € à Brancion, 2,25 € à Plagne, 2,00 € à Cruzille, 3,55 € à Préty. Saint-Albain rafle tout.
Ce que cette semaine m’a appris pour mes prochains repérages
Trois enseignements que je vais garder dans mes carnets. D’abord, le forfait « vigneron-cuisinier » ne fonctionne vraiment que si l’un des deux est présent en salle pour parler aux convives. Sur les cinq tests, les deux meilleurs avaient le vigneron OU le cuisinier en service direct. Les trois autres avaient un personnel de salle qui débitait des fiches techniques sans lien avec le terroir.
Ensuite, le nombre de couverts compte plus que le nombre d’étoiles. Six couverts maximum me semble la limite haute pour ce type de format. Au-delà, l’attention se dilue, le timing dérape, et le sens même du forfait disparaît. J’ai vu Préty servir 14 couverts en même temps, c’était de la restauration classique avec un menu vinique imposé, plus du tout un forfait dégustation cuisiné.
Enfin, et c’est le plus important, je préviens désormais à la réservation que je teste pour un magazine. Les deux refus polis que j’ai eus (« on ne fait pas ça pour la presse ») m’ont sauvé deux soirées catastrophiques. Les domaines qui acceptent volontiers sont ceux qui ont quelque chose à montrer. Les autres se protègent — et c’est leur droit, mais ça m’aide à arbitrer.


