J’ai été frappée par la blancheur des cailloux près de la Roche de Solutré, et ils craquaient sous les chaussures de mes enfants. Chacun s’arrêtait pour ramasser un « trésor » différent, et mon fils a gardé un éclat de calcaire dans sa poche pendant toute la montée. Ma fille a juré avoir trouvé une pierre « en forme de croissant », et je suis vite devenue attentive à chaque pause, parce que leurs arrêts racontaient déjà la journée. J’étais partie pour un dimanche tranquille, avec deux gourdes et un plaid roulé sous le bras, et j’étais sûre de moi.
Ce qu’on voulait au départ et pourquoi ça a vite dérapé
Je suis Célestine Lavergne, Rédactrice spécialisée en contenu touristique et gastronomique pour magazine en ligne, et je suis partie sur un week-end improvisé avec mes deux enfants de 8 et 5 ans. Depuis ma banlieue de Nantes, j’avais bouclé ce départ sans grand plan. Le budget était serré, alors j’avais gardé le sac léger.
Je me suis retrouvée à choisir la Roche de Solutré pour sa simplicité. C’était proche, lisible, et j’avais envie d’un pique-nique dehors sans réservation ni casse-tête. Le nom du Musée de Préhistoire de Solutré revenait aussi dans notre discussion, parce qu’il donnait déjà une histoire au trajet.
Au départ, j’imaginais une promenade facile, presque une balade de village. Je pensais qu’on monterait calmement, qu’on s’installerait sur l’herbe, puis qu’on redescendrait avant la fatigue. J’ai été convaincue du contraire dès le premier virage.
La montée qui a failli tout gâcher avant que les enfants ne prennent les choses en main
Le sentier était plus minéral que je ne l’avais imaginé. Mes chaussures accrochaient puis glissaient dans les virages serrés, et je me retenais à chaque appui. Le bruit sec des pas coupait le moindre échange. Dès le premier tiers, je sentais mes cuisses travailler et le souffle raccourcir.
Au bout de 12 minutes, ma bouche était sèche, même avec la gourde à la main. Nous sommes passés en plein milieu de journée, et le soleil tapait déjà fort sur la roche. La montée a pris 32 minutes avec nos arrêts, parce qu’ils réclamaient de l’eau, puis un nouveau souffle, puis encore une pause. J’ai hésité à continuer quand ma fille s’est assise sur une pierre plate, les joues rouges, en murmurant qu’elle avait trop chaud.
La poussette classique n’a pas tenu longtemps sur ce terrain. Ses roues ont coincé dans les cailloux, puis elles ont tremblé à chaque mètre. J’ai fini par la porter par la poignée, et j’ai pesté tout bas, au point de me demander si je n’allais pas rebrousser chemin. Ce détour m’a fait perdre l’illusion d’une balade simple.
Le plus curieux, c’est que mes enfants ont retourné la situation. Ils se sont mis à chercher des trésors entre les roches, un quartz laiteux, un caillou strié, une feuille écrasée sous la semelle. À partir de là, je n’ai plus eu deux enfants fatigués, mais deux enquêteurs miniatures. Je me suis sentie moins seule, et le sentier a changé de couleur.
Au premier gros virage, j’ai levé la tête et j’ai compris que la pente était bien plus raide que sur les photos. J’étais sûre de moi au départ, et cette confiance-là a fondu d’un coup. Ensuite, j’ai compté les pas jusqu’au replat, puis les cailloux blancs, puis les pauses qu’ils inventaient. J’ai fini par lâcher l’affaire sur la vitesse, parce que leur jeu faisait avancer tout le monde.
Au retour vers le plateau, j’ai remarqué aussi le parking déjà serré. Nous avons tourné quelques minutes avant de trouver une place, et cette attente m’avait fait perdre mon calme plus vite que prévu. Le week-end donnait un air de petite foule, pas énorme, mais assez présent pour casser l’impression d’isolement. J’ai compris là que cette sortie ne se vit pas seulement sur le sentier.
Le sommet, le vent, et ce pique-nique pas comme les autres
En haut, le vent m’a cueillie avant même le panorama. J’ai déplié la nappe, et elle a claqué comme une voile mal tenue. Les sacs plastiques battaient contre nos chevilles, et j’ai dû poser le couvercle des boîtes avec une main pendant que l’autre l’écrasait au sol. Après la montée, cette fraîcheur m’a fait du bien, mais elle a aussi compliqué chaque geste.
Puis j’ai levé les yeux, et j’ai eu ce blanc intérieur que donnent les vues trop ouvertes. Les vignes descendaient en contrebas, la plaine s’étirait, et l’odeur de terre chaude se mêlait à celle de la vigne. Les enfants se sont assis d’un coup sur une pierre plate, comme si leurs jambes avaient compris avant eux que la montée était finie. À cet instant, je me suis sentie rassérénée par le paysage.
Le pique-nique n’a jamais ressemblé à une pause sage. Les enfants ont repris leur chasse au trésor entre deux bouchées, puis ils se sont lancés d’un rocher à l’autre, en glissant par moments sur l’herbe sèche. J’ai eu droit à des éclats de rire, à une chaussette pleine de poussière, et à un verre renversé une fois. Pas terrible, vraiment pas terrible. Mais ça a donné un repas vivant, traversé de petits allers-retours.
Le détail technique qui m’a sauvée, c’est la manière de bloquer le vent. J’ai coincé un coin de la nappe sous une pierre, puis glissé mon sac le plus lourd à l’autre bout. J’ai aussi fermé les boîtes avant d’ouvrir le pain, sinon tout s’éparpillait trop vite. Sur ce replat, le moindre sachet vide partait en vrille, et les serviettes volaient dès qu’une rafale passait.
Le repas lui-même n’était pas très rangé. Les pommes ont roulé sur la nappe, une boîte s’est ouverte de travers, et j’ai essuyé du pain sur un coin de serviette déjà humide. Les enfants, eux, ne voyaient que le décor et la liberté de bouger entre deux bouchées. J’ai fini mon sandwich plus tard qu’eux, en regardant leurs silhouettes courir sur le replat.
Le problème, c’est aussi le monde sur place. Nous étions un samedi, et le replat s’est rempli vite autour de nous. J’ai cherché un coin d’ombre qui n’existait pas vraiment, puis j’ai compris qu’on mangerait plus vite que prévu. Cette installation bancale m’a rappelé qu’un paysage superbe ne remplace pas un endroit confortable.
Ce que j’ai compris après coup et ce que je referais (ou pas)
Après coup, même mon regard de Rédactrice spécialisée en contenu touristique et gastronomique pour magazine en ligne n’a pas cherché à rendre la sortie plus savante qu’elle ne l’était. J’ai surtout retenu l’heure de départ, la quantité d’eau, et le poids du sac dans la montée. Si un enfant avait eu un vrai malaise, je n’aurais pas insisté, et pour ce point-là je laisse la main au pédiatre. Nous avions pris seulement 2 gourdes, et c’était trop juste en plein soleil.
Je referais sans hésiter un départ plus tôt, avec plus d’eau et des chaussures qui tiennent mieux la pente. J’abandonnerais la poussette sans regret, et je garderais un pique-nique plus court, avec 3 boîtes au maximum. J’attendrais aussi un coin moins exposé, parce que le vent m’a prouvé qu’il pouvait changer tout le rythme du repas. C’est le genre de détail qui paraît minuscule avant de monter.
Pour une famille qui accepte de marcher une bonne demi-heure, de composer avec le vent et de laisser les enfants jouer avec les pierres, Solutré-Pouilly garde un vrai charme. Pour quelqu’un qui cherche une pause très calme, à l’ombre et sans charge, je ne mettrais pas la même pièce. Moi, je suis rentrée avec les joues rouges, les chaussures poudreuses et deux enfants qui parlaient encore des « trésors » au moment de fermer la voiture. Cette sortie a laissé une fatigue nette, mais aussi une joie simple qui a duré jusqu’au soir.


