Cinq cent trente-cinq kilomètres de route, deux enfants de 8 et 5 ans à l’arrière, trois nuits réservées au Clos du Cellier à Givry, sur la Côte chalonnaise. Une chambre familiale de 35 m² dans une ancienne dépendance du XVIIIe, des hôtes vignerons sur six hectares de Premiers Crus, et un plateau de fromages local qui a fait basculer le palais de mes enfants. Mardi soir, premier contact avec un époisses fermier de la maison Berthaut. Ma fille a plissé le nez, mon fils en a redemandé. Je n’étais pas sûre que trois nuits au même endroit tiendraient avec des enfants : voici le récit de ces trois jours, leurs ratés, leurs ajustements, et ce moment de table qu’on ne fabrique pas.
L’arrivée au Clos du Cellier et les 19 marches
Samedi 16 h, départementale D170, portail ouvert sur la cour. Givry, village viticole de la Côte chalonnaise, trois mille cinq cents habitants, connu pour ses Premiers Crus en pinot noir. Anne Truchot nous attendait dans le couloir frais, une clé lourde à la main. Puis dix-neuf marches en pierre, raides, jusqu’à la chambre : pas pensées pour les poussettes ni pour deux enfants fatigués par la route.
La chambre Famille, 35 m², lit en 160 et deux lits jumeaux, baignoire sabot, fenêtre sur les vignes du Cellier aux Moines : 145 euros la nuit, petit-déjeuner inclus. Le portail donne directement sur la départementale, pas de cour fermée : avec des enfants, on surveille.
Premier soir raté : un voisin de chambre a parlé fort jusqu’à 23 h, les deux enfants se sont relevés deux fois. J’ai douté de mon choix dès la première nuit. Leçon retenue : demander à changer de chambre dès le lendemain matin, ce qu’Anne a fait sans difficulté.
Le petit-déjeuner dans la salle voûtée
8 h 30, salle voûtée : pain de Saint-Vallerin, une miche de 1,2 kg au levain naturel cuit au four à bois, confitures de Marc — cassis, mirabelle, coing —, yaourts de la Ferme du Maupas, jambon persillé tranché épais. Pour les enfants, un plateau dégustation avec compote maison, ce qui a désamorcé les « je n’aime pas » du matin.
Marc Truchot passe vers 9 h, parle des vendanges de septembre, pose une assiette de raisin séché sur la table sans façon. Le Givry premier cru Cellier aux Moines, qu’il travaille sur six hectares, vieillit quatorze mois en fûts dont 30 % de neuf. Il en parle comme d’un travail, pas d’un argumentaire.
Ces matins lents, à rallonge, ont fait basculer mon a priori : je craignais l’ennui pour les enfants, et c’est là, autour de la table voûtée, qu’ils se sont le mieux tenus. Le doute de la première nuit commençait à se dissiper.
Le mardi soir et le premier époisses des enfants
Mardi 19 h 40, plateau de fromages dans la cuisine commune. Au centre, un époisses fermier de la maison Berthaut, à Époisses, affiné quatre semaines avec des lavages bihebdomadaires au marc de Bourgogne. L’odeur a empli la pièce avant même qu’on le coupe.
Ma fille de 5 ans a porté le morceau à son nez, l’a plissé, a dit « ça pique » et l’a reposé. Mon fils de 8 ans, intrigué, en a pris un bout sur du pain de seigle, l’a mâché lentement, puis en a redemandé. Premier vrai contact de mes deux enfants avec un fromage AOP de caractère. Anne a souri sans commenter : elle a l’habitude de cette bascule-là.
Un Givry blanc accompagnait le plateau. On a parlé, avec Anne, de sa sélection de fromages locaux, entre le Charolais et la Côte-d’Or. Ce dialogue posé, sans argumentaire commercial, est exactement ce que je cherche à rapporter dans mes papiers : des repères concrets, transmis de vive voix.
Ce qu’il faut prévoir avec des enfants à Givry
Erreur que j’ai commise : trois nuits sans intercaler de visite extérieure. Au bout du deuxième jour, les enfants tournaient en rond dans la cour. La leçon : caler une journée Cluny abbaye plus Cormatin château, une autre à Solutré-Pouilly avec la roche. Givry seul ne tient pas trois jours pour des enfants de 5 et 8 ans.
À faire sur place : la visite de la cave du domaine Truchot, une heure, 15 euros par adulte, jus de raisin pour les enfants. La voie verte de Givry à Buxy, quatorze kilomètres, parcours plat, se fait très bien à vélo en famille.
Bilan factuel : 435 euros pour trois nuits, plus 30 euros de visite de cave. Un séjour qui marque les enfants — le premier époisses, ça ne s’oublie pas — à condition d’aérer le programme. C’est, pour un reportage en famille, l’ajustement que je garde pour la suite.


